Egalité professionnelle: l’homme est-il l’avenir de la femme?

Par , publié le 09/01/2014 à  07:43

Comment faire progresser la parité en entreprise? En rendant les hommes plus heureux! C’est l’approche originale du mouvement Happy Men, lancé en 2013 par Antoine de Gabrielli, chef d’entreprise. Décryptage, alors que le Premier ministre présentait lundi 6 janvier la feuille de route 2014 du gouvernement en matière d’égalité hommes-femmes. 

Egalité professionnelle: l'homme est-il l'avenir de la femme?

 De plus en plus d’hommes aspirent à mieux équilibrer vie professionnelle et vie personnelle.

 Reuters/Michaela Rehle

“On ne fait pas des enfants pour ne jamais les voir”. Ainsi parle Alexis, 33 ans, ingénieur en informatique et père de 3 enfants de 6 ans, 4 ans, et 8 mois. Depuis qu’ils sont parents, Alexis et sa femme se sont toujours organisés pour que l’un d’eux soit présent le soir pour récupérer la fratrie à la crèche ou à l’école, donner les bains, préparer le dîner… “Ma femme a des horaires plus contraints que les miens explique l’informaticien. Je privilégie donc les horaires décalés pour partir à 17h30 et m’occuper des enfants”. Un partage des tâches qu’il faut pouvoir assumer face à sa hiérarchie, et aux collègues: “On me regarde parfois curieusement, mais je n’ai aucun problème avec ça, affirme Alexis. Je suis convaincu qu’être un père présent n’empêche pas d’être un bon professionnel”.  

Libérer la parole masculine

Comme Alexis, ils seraient de plus en plus nombreux ces hommes qui aspirent à mieux équilibrer vie professionnelle et personnelle. C’est pour eux qu’Antoine de Gabrielli, chef d’entreprise, fondateur de l’association Mercredi c’est Papa, a lancé en juin dernier Happy Men. Le concept? Former des référents masculins aux principes de l’égalité en entreprise, pour qu’ensuite ils “évangélisent” leurs collaborateurs et leurs collègues, et luttent contre les stéréotypes qui pèsent sur les hommes comme sur les femmes. “Il faut faire comprendre aux responsables d’entreprise que l’égalité professionnelle n’est pas un sujet de “bonne femme” martèle Antoine de Gabrielli, contacté par L’Express. C’est une question de management et d’organisation du travail qui concerne tout le monde, car pour être performante une entreprise ne doit négliger aucun talent, féminin ou masculin. Et pour faire passer ce message, rien de mieux que de commencer par libérer la parole, lors de rencontres entre hommes”. Depuis le lancement de Happy Men, 5 entreprises (Orange, BNP Paribas, Cofely GDF Suez, Accenture, Crédit Agricole) ont décidé d’expérimenter ce dispositif, et 25 référents ont été formés par Antoine de Gabrielli.  

Arnaud Morlaës est l’un de ces “référents Happy Men”. Ce cadre supérieur chez BNP Paribas raconte qu’il a eu deux vies: “D’abord une vie de célibataire, hyperactif, qui travaillait en salle des marchés, une vie où tout allait très vite. Et depuis 6 ans une vie de père de famille, avec une femme qui occupe un poste à responsabilités, au ministère des Affaires européennes”. Quand Arnaud a rencontré celle qui allait devenir sa femme, elle avait déjà deux enfants – rejoints en 2012 par la petite dernière, Clémence. Du jour au lendemain, à 40 ans passé, Arnaud s’est trouvé plongé dans les contraintes parentales : les enfants malades, l’intendance, le casse-tête des gardes quand les deux parents travaillent… Fort de cette expérience, il a tout de suite adhéré au principe de Happy Men: “Grâce à ma position dans l’entreprise, j’ai plus de pouvoir qu’un jeune qui débute. Quand j’annonce que je pars plus tôt pour aller chercher ma fille à la crèche, personne n’ose rien me dire. C’est plus difficile pour un salarié plus jeune, qui, au pire, peut passer pour un salarié peu motivé. Pour faire évoluer les stéréotypes, il faut donc que l’exemple vienne d’en haut. J’y travaille!”.  

Lutter contre les préjugés qui touchent les hommes comme les femmes

C’est Elisabeth Karako, directrice de la diversité du groupe BNP Paribas, qui a proposé à Arnaud et à quatre autres collaborateurs de la banque de rejoindre le club des Happy Men, fin 2013: “Quand leur enfant est malade, la plupart des hommes n’osent pas demander à partir pour s’en occuper, tellement ils ont intégré l’idée que “ça ne se fait pas”. C’est sur ces préjugés qu’il faut travailler, pour permettre aux salariés de rééquilibrer leurs temps de vie, et aux salariées de prendre plus de responsabilités dans l’entreprise”. Dans les prochains mois, ces cinq croisés d’un nouveau genre vont organiser des groupes de paroles avec leurs collègues masculins. Ensuite Elisabeth Karako souhaite que le club de femmes de BNP Paribas, Mixcity, et les Happy Men, se rencontrent, “pour formuler ensemble des solutions concrètes à la conciliation vie perso/vie familiale – avec l’appui de la direction des ressources humaines, évidemment”.  

Aider les hommes à s’épanouir dans leur vie personnelle pour aider les femmes à dépasser le fameux plafond de verre – l’intention est louable et sans doute bénéfique pour l’image de l’entreprise. Mais est-elle efficace? “Oui!” affirme Brigitte Grésy, secrétaire générale du conseil supérieur de l’égalité professionnelle: “Une opération comme Happy Men a déjà le mérite de démonter certains stéréotypes, en valorisant des hommes qui s’impliquent avec bonheur dans la vie familiale. Elle est donc intéressante, mais à condition que cela n’entraîne pas une reculade de la mobilisation des femmes: dans ce contexte de crise, je préfère que les entreprises paient pour lutter contre les inégalités des femmes plutôt que pour des groupes de parole d’hommes ! En outre il ne faut pas arrêter de pointer une réalité du combat pour l’égalité femmes/hommes : il ne pourra être mené à bien sans aborder les questions de partage des responsabilités familiales, et de co-parentalité”.
La co-parentalité, un concept qui semble séduire le nouveau vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel. Dans les colonnes du quotidien Bild, samedi dernier, le président du SPD affirme que sa récente nomination au ministère de l’économie et de l’énergie ne l’empêchera pas de continuer à prendre ses mercredis après-midi. Pour plancher sur la transition energétique ? Non, pour passer du temps avec sa petite dernière, Marie, bientôt 2 ans. Les temps changent. 

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/egalite-professionnelle-l-homme-est-il-l-avenir-de-la-femme_1312530.html#epe2HdxT5zOIEfki.99

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: